Entretien exclusif avec David Landry, auteur de « Souvenir d´un passé récent »


Chose promise, chose due! L´auteur ivoirien David Landry So a accepté l´invitation du Blog Eburnea pour parler de sa première oeuvre littéraire « Souvenir d´un passé récent » publiée chez Les Impliqués Editeur. David est membre-fondateur du groupe Eburnea et étudiant en année de master à l´université de Bamberg. Il y a beaucoup de choses à savoir et à dire sur cet auteur, footballeur et étudiant. Au lieu d´une carte de visite ou d´un curriculum vitae, notre interview vise plutôt à mieux faire connaître l´auteur dans ses motivations, ses aspirations et inspirations littéraires et les personnages de son premier roman.

Asseyez-vous confortablement et dévorez avec nous cet entretien passionant..Et si vous aimez, laissez nous un commentaire.

BdE: Bonsoir David et merci d´avoir accepté notre invitation. Avais-tu déjà en tête l’idée de publier ton livre, pendant que tu l´écrivais? Ou qu´est ce qui t´a poussé à publier ?
David So: Bonsoir, dans son essai « Qu’est ce que la littérature ? » Sartre pouvait dire en substance, on écrit quand on a quelque chose à dire au monde… Oui. Je ne savais pas trop comment publier le moment venu, mais je l’avais à cœur et j’étais très optimiste.
 
BdE: Quelles ont été tes premières impressions, la première fois où tu as tenu ton livre « Souvenirs d´un passé récent » dans les mains?
David So: Pour une erreur d’adresse postale, j’ai vu mon ouvrage d’abord disponible en ligne avant de le toucher de mes mains. Mais j’ai eu mes exemplaires la semaine de mon anniversaire même. C’était génial ; mais vite Schopenhauer me disait : « Le désir satisfait fais aussitôt place à un autre désir. »
 
BdE: Quels auteurs t´inspirent en général et précisément quels auteurs t´ont inspiré pendant la rédaction de ton œuvre?
David So: C’est une question difficile. Les écrivains sont si intelligents. Tout ce que je lis me fascine. Même si je n’aime pas tout au final, il y a un mot, une expression, une image, un phrase, une idée … forcément quelque chose qui me retient. Platon, Jean Paul Sartre, Albert Camus, Ahmadou Kourouma (Les soleils des indépendances), Amadou Koné (Les frasques d’Ebinto), Mariama Ba (Une si longue lettre) et Fatou Keita (Rebelle) … voilà, j’ai copié idée, style ou audace auprès d’eux.
 
BdE: A quoi ressemble une bibliothèque parfaite selon toi?          
David So: Oh la liste est longue : un peu de littérature ivoirienne (Koné, Kourouma, Bernard Dadié, Gabriel Tiacoh Kouadio, Fatou Keita…), littérature africaine (Mariama Ba, Guy Mengua, Senghor…)  littérature française (Sartre, Camus, Rimbaud, Racine, Corneille, Molière, Ronsard, Hugo, Baudelaire, Lamartine, Apollinaire, Claude Simon, Proust…), des œuvres philosophiques (Platon, Aristote, Feuerbach, Freud, Jacob François, Descartes…), des ouvrages historiques et de la littérature allemande et anglo-américaine (Shakespeare, Schiller…) ; ah j’aime aussi Pétrarque. Il faut de la poésie, du théâtre et de la prose et bien entendu « Souvenir d’un passé récent ».
 
BdE: Pourquoi avoir choisi la prose et un style des plus directs pour la rédaction de ta première œuvre littéraire?
David So: C’est une question très pertinente. J’ai un recueil d’environ 100 poèmes qui n’intéressent presque personne (sauf mes amis proches et les sujets des poèmes). C’est un constat amer: la poésie est très délaissée comme genre littéraire aujourd’hui ; elle est fantaisiste, superfétatoire et on y comprend pas grand-chose des images… Même Sartre trouve la poésie inutile. La littérature « engagée » selon Sartre doit consister à dénoncer et ce n’est pas avec des vers que cela marche le mieux. Hélas !
J’ai choisi la prose après lecture et expérience. Je suis aussi fasciné par la prose et M. Talabardon  (un encadreur) m’a beaucoup recommandé de passer par la prose pour avoir les mains libres à écrire.
C’est donc un style personnel d’être simple et direct ; ceux qui me connaissent le savent bien. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? J’ai pensé à mes amis allemands qui apprennent français et même aux amis européens qui ne connaissent pas les réalités de la Côte d’Ivoire et j’ai tenté de décrire le plus simplement possible avec beaucoup d’objectivité et d’impartialité tout en restant littéraire.
Avec la maison d’édition, j’ai refusé certaines modifications à juste titre car Yateb Yacine pouvait dire : « J’écris en français pour dire aux français que je ne suis pas français ». Ce n’est pas une rébellion et malgré toute l’admiration que j’ai pour la littérature française, je ne veux pas écrire comme Claude Simon, Proust ou encore Georges Perec, Non. D’ailleurs je n’y arriverai pas. Le français est une langue vernaculaire en Côte d’Ivoire et mon style est accessible à tous les ivoiriens et á tous les francophones. C’est l’essentiel. Quand je ne comprends pas un mot de Corneille, je vais rechercher car il y a le contexte et l’époque qui agissent dans la définition des mots et des styles. Je veux contribuer à ce que l’on sache qu’en Côte d’Ivoire, on a adapté le français à nos réalités et je ne parle pas du nouchi ou du « français populaire ivoirien », Notre niveau soutenu de la langue française a son propre lexique, ses propres connotations et le monde entier doit respecter cela. La grammaire est très exacte et mieux maitrisée dans l’œuvre que beaucoup de locuteurs français et francophones. Il faut qu’un canadien cherche ce que cela veut dire un boubou, se fourrer ou un marigot, que de dire : ce n’est pas du bon français ou cela n’existe pas et tenter en vain de trouver la terminologie correcte selon l’Académie française. Il y a déjà eu assez d’humiliation sur l’apprentissage des langues européennes pendant et après la colonisation….
Vous connaissez sans doute pour finir la Nachkriegsliteratur (littérature d’après guerre en Allemagne). Wolfgang Borchert pouvait alors dire : „Wir brauchen keine Dichter mit guter Grammatik. Zu guter Grammatik fehlt uns Geduld. Wir brauchen die mit dem heißen heiser geschluchzten Gefühl. Die zu Baum Baum und zu Weib Weib sagen und ja sagen und nein sagen: laut und deutlich und dreifach und ohne Konjunktiv“(Nous n’avons pas besoin d‘écrivains avec une grammaire excellente. Nous n’avons pas le temps pour la bonne grammaire. Nous avons besoin d‘écrivains avec des sentiments chauds et sanglotés, Nous avons besoin de ceux qui écrivent arbre pour décrire un arbre et femme pour décrire une femme, de ceux qui disent oui et non, haut et fort trois fois et sans subjonctif).
Nous sommes le fruit d’une génération qui a subi des crises sociopolitiques et culturelles marquantes et nous sommes pressés de le dire. C’est une littérature engagée, pressé et volontairement laconique…
 
BdE: Gagnes tu de l´argent avec ton activité d´écrivain?
David So: Hmm ; en tout cas je ne peux pas vivre de mon activité d’écrivain. Je vis d’autre chose. J’investis beaucoup de temps à écrire, à corriger, à publier, à faire la publicité et à commercialiser aussi, du coup je dépense beaucoup. Mais je suis très heureux de le faire car écrire c’est s’affranchir.
 
BdE: Nous avons eu l´occasion de lire ton premier roman. Le lecteur avisé pourrait reconnaître quelques traits autobiographiques et d´énormes ressemblances entre le protagoniste et l´auteur. Te reconnais-tu toi-même en Daniel, le personnage principal de ton œuvre?
David So: Daniel est et reste un personnage fictif. On écrit forcément sur ce qu’on expérimente, voit, pense, et ressent. Même les fables, les fictions sont souvent des parodies de la réalité.
 img-20160915-wa0003-2
BdE: A la fin du roman Daniel part pour les études vers l´Allemagne. Ce voyage n´est-il pas un renoncement de soi, une fuite et une façon de nier son échec à s´intégrer et survivre dans son propre pays?
David So: C’est une analyse intéressante. En tant qu’historien je peux me prononcer sur la question. Pendant le miracle économique ivoirien (1960-1980) les ivoiriens n’avaient rien à envier à personne ; ils étaient chez eux, un peu comme les allemands qui invitaient les italiens, les grecs et les turcs (eux ils parlaient même de « der Millionste Gastarbeiter), ils avaient même invité des travailleurs et enseignants de la sous région, de l’ancienne AOF.. Mais en Allemagne, il y avait un sentiment national, En Côte d’Ivoire non. La solidarité de L’AOF était plus forte que le sentiment national.
Et nous savons l’une des conséquences de la conférence de Berlin en 1885 et du partage de l’Afrique. Avec les colonies anglaises, il y a eu une rupture. Les Akans ivoiriens ont accepté leur destin et ceux du Ghana également. Mais avec les autres grands groupes ethniques, on avait assez en commun : la langue locale (Bambara, Dioula, malinké etc.), la langue étrangère adoptée (le français), les mêmes réalités politiques avec la France, même les noms étaient identiques. Après l’indépendance donc, rien ne change. Un malien se sentait chez lui au Nord de la Côte d’Ivoire et mieux, la décentralisation et coopération en Afrique de l’ouest consistaient à faire venir des enseignants et travailleurs du Sénégal, du Mali, de la Guinée etc…
 Puis à partir des années 1980 surtout avec l’ascension de notre ancien président Bédié, la radicalisation s’accentue. Il y a la politique d’ivoirisation, à raison ou à tord nous sommes pointés du doigt et traités de xénophobe. Il y a de la violence, le coup d’état de 1999, la rébellion de 2002, et surtout la misère et l’insécurité, Alors que faire ? La course vers le bonheur : on quitte le pays. Beaucoup se résigne dans la religion (ils deviennent pasteur ou vont en Europe en tant que missionnaires…) ; d’autres deviennent chanteurs (les djs) ; il y a la cybercriminalité (le broutage) ; footballeur professionnel, c’est le rêve de tous les jeunes au détriment de l’école et ce, en raison de la corruption en milieu scolaire et universitaire, des grèves et la violence de la FESCI, d’autres même demandent l’asile en disant être persécutés pour orientation sexuelle (homosexuel) ou pour appartenance ethnique, religieuse ou politique. Vous avez alors la réponse, si on croit en la vie, si on veut sortir de la misère et oublier les souffrances de l’enfance, si on est idéaliste et aspire à une vie meilleure et qu’on a les moyens légalement de se refaire ailleurs, je pense que c’est une bonne voie. Et beaucoup l’ont fait, dans la sous région, en Afrique du nord et France et en Allemagne, même en Russie et aux USA au prix d’une nostalgie atrocement douloureuse…
 
BdE: Dans cette première œuvre « Souvenirs d´un passé récent », Daniel, le protagoniste s´installe en Allemagne pour les études. Peut-t-on s´attendre à une suite qui raconte les aventures de Daniel dans son nouveau pays d´accueil?
David So:Oui, je donne juste deux indices. Il y a en cours « Amour, haine et religion. Les dilemmes de ma vie » et « La haine du train »
 books-441866_1920

Les auteurs du Blog de Eburnea se réjouissent de vos commentaires, alors n´hésitez pas à en laisser ou à nous contacter.

La rédaction

 

Publicités

6 réflexions au sujet de « Entretien exclusif avec David Landry, auteur de « Souvenir d´un passé récent » »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s