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Chronique sur la réligion ou Eugbuéfi Ezeudu (de Atobé Kouadio)

Hier David So gratifiait les lecteurs de son texte de dénonciation « Quelque chose va se passer ». Dans la même veine c´est aujourd´hui au tour de Atobé Kouadio avec son texte sur l´interaction de la réligion et la culture ou plutôt sur l´influence de la culture sur la réligion de livrer sa réflexion de nous faire part de ses réflexions

Vous voulez en savoir plus? Alors la rédaction vous invite à lire, à vous faire votre propre idée et surtout à réagir en laissant des commentaires.

La rédaction


Eugbuéfi Ezeudu

(…)

Mais Euzeudu n’était pas superstitieux comme la plupart de ces amis. S’il osait questionner l’existence de Dieu, ce n’est pas à celle des sorciers qu’il accorderait du crédit. Euzeudu n’était pas athée non plus. Il croyait en l’existence d’une transcendance, peut-être de plusieurs. Mais il récusait d’une part l’appellation de « Dieu » qu’il mettait au compte de la civilisation gréco-romaine fortement marquée par la culture judéo-chrétienne, et considérait toute forme de religion comme une arme  culturelle. Il percevait donc toute propagation religieuse comme de l’impérialisme culturel. Aussi était-il convaincu que chaque cercle culturel avait une cosmogonie propre à elle. Et chaque cosmogonie s’accommode bien évidemment des réalités culturelles des peuples. Il considérait donc chaque religion comme une approche  culturelle du monde.   Il considérait par conséquent l’Islam et le Christianisme comme des  produits culturels du Proche-Orient ; le Christianisme s’étant propagé à travers la civilisation gréco-romaine, il a épousé des traits de cette culture, tandis que l’Islam a pris des couleurs de la culture arabe. C’est ensuite par des conquêtes impérialistes et colonialistes, parfois sanglantes que ces religions se sont propagées à travers le monde et se sont incrustées dans les habitudes culturelles d’autres peuples. Ces religions ne devraient en fait ni être considérées comme étant supérieures aux pratiques culturelles religieuses des territoires conquis ni comme les seules vraies religions qui seraient les seuls voies d’accès à la transcendance ou aux forces de la nature. Si ces religions ont réussi à s’imposer, ce n’est pas grâce à leur force spirituelle intrinsèque mais par le bras armé et la diplomatie religieuse des cultures qui en ont fait le porte-étendard de leur conquête impérialiste. Cette conviction d’Euzeudu ne se limitait pas qu’à l’Islam et au Christianisme, mais concernait selon lui toutes les religions. Si certaines religions ne se sont pas répandues au-delà de leur cercle culturel originel, c’est certainement soit  parce que les cultures dont elles sont porteuses n’entretenaient aucune velléité impérialiste ou bien qu’elles n’en avaient pas les moyens. Euzeudu s’intéressait cependant plus à l’Islam et au Christianisme parce que ces deux religions sont celles les plus répandues dans son pays, et également celles qui selon lui avaient fait le plus de mal à son continent, aussi bien au sens propre que figuré. Au sens propre, il savait (et tout le monde le sait d’ailleurs) que chacune de ces religions sont tâchées non seulement du sang de ces ancêtres, mais également de celui de millions d’autres êtres humains à travers le monde entier. Elles avaient également constitué le bouclier des puissances coloniales et impériales qui ont pillé le matrimoine et piétiné avec plaisir et mépris la vie de milliers d’hommes et de femmes à travers le monde. Les exemples sont légions. En ce qui concerne le Christianisme, il suffit de lire l’adresse de Léopold I au sujet de la colonisation belge pour comprendre comment cette religion a servi la soumission du bassin du Congo. Euzeudu, dans ses interventions sur ces deux religions, n’était pas du tout tendre. Il en était parfois même venu à les considérer comme des religions sanguinaires et foncièrement négationnistes, qui essaient de se refaire une nouvelle renommée glorieuse, comme une femme qui cherche à se refaire une nouvelle virginité après avoir perdu son premier pucelage. Il s’étonnait que certains de ces concitoyens avaient une peur bleue pour les sorciers, prétendus mangeurs d’âmes, et n’affichaient curieusement aucune crainte envers ces religions, qui, au-delà de toute exagération, ont littéralement broyé l’âme de leurs propres cultures et continuent de s’en délecter avec un appétit insatiable. Ces religions vous dépouillent de tout, même de votre identité, pensait-il. Il constatait avec une amère désolation que lui et ses concitoyens, bien que n’ayant aucun lien avec ces cultures lointaines, portaient tous fièrement des prénoms arabes et judéo-romains, auxquels on n’a fait porter les manteaux dénominationnels chrétien et islamique. Il se demandait pourquoi est-ce que les peuples ne pouvaient tranquillement pratiquer ces religions en gardant leur identité. Et pourtant la réponse lui semblait assez simple : toute religion est une arme culturelle. Les religions se répandent en tuant les pratiques culturelles contraires et imposent de nouvelles cultures. La religion chrétienne par exemple s’est révélée comme l’arme fatale du colon blanc contre l’Africain noir et contre plusieurs autres peuples qu’on traite d’indigènes. Cette appellation d’indigènes, on en fait d’ailleurs un usage outrageusement arbitraire, pensait Euzeudu. Pourquoi continue-t-on de nos jours de traiter certains peuples d’indigènes tandis que les Européens, Américains, Chinois, Russes, bien qu’ils sont de nos jours les populations issues de leurs différents territoires, ce qualificatif ne leur est jamais appliqué ? Ce genre de réflexions soumettait incessamment son esprit à leur taraud. Ainsi se demandait-il se demandait-il également pourquoi l’on parlait très souvent d’Afro-américains ou d’Américains noirs sans jamais parler d’Euro-Américains.

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Pour revenir à  la religion, Euzeudu s’interrogeait parfois avec beaucoup d’amertume sur l’appropriation par les « néoafricains » de la religion des peuples qui leur ont imposé leur culture par le biais de la religion ou l’essaient encore. Ils vont jusqu’à renier leur identité en se donnant des noms tirés de ces religions injurieusement dites révélées. Quant à ceux qui n’en ont pas reçu à leur naissance, ils se font rebaptiser, c’est-à dire qu’ils s’octroient sans aucune vergogne des noms tirés des livres saints de ces religions en remplacement de leurs noms ethniques ; le comble, c’est qu’ils le font avec un zèle et une fierté déconcertants ! De toutes ces religions importées, Euzeudu considérait la religion chrétienne comme celle qui avait fait le plus de mal à l’Afrique, allant jusqu’à lui ôter son âme ! Il appréciait cependant ce peu de liberté qu’elle a fini par laisser aux peuples de la pratiquer dans leurs propres langues. Ainsi plusieurs peuples ont adapté les personnages bibliques à leurs différentes langues.  Euzeudu était toutefois très triste de savoir qu’à la différence des Africains noirs, presque tous les autres peuples du monde ont adapté les noms bibliques à leurs réalités linguistiques ! Il n’y avait que lui et ses compères, eux qui apparaissaient désormais aux yeux du reste du monde comme un peuple exclusivement consommateur de biens importés, qui portent des noms tirés d’autres cultures. Oh peuple à l’âme et à la conscience culturelle étrillées ! Ruminait Euzeudu.

Quant à la religion musulmane, Euzeudu la considérait comme celle disposant du plus grand moyen de domination culturelle, précisément la langue, qui demeure le tout premier facteur culturel. Non seulement comme le Christianisme, l’Islam contraint ses adeptes à porter des noms tirés du coran, mais il impose également l’usage exclusif de l’arabe dans la pratique religieuse. Les peuples africains auxquels l’Islam a été imposé, ont toutefois réussi, contrairement aux chrétiens africains qu’il s’amusait parfois à traiter de crétins, à adapter ces noms d’origine arabe. La modification de ces noms et leur adaptation aux et selon les réalités linguistiques s’avéraient cependant, selon Euzeudu, malheureusement nuisibles à la conscience historique de ces peuples, car désormais ils oubliaient l’origine de ces noms. Certains de ces noms d’origine arabe, dont l’orthographe ou la prononciation a été légèrement modifiée, sont aujourd’hui, par ignorance, considérés par de nombreuses personnes comme des prénoms africains. À ce sujet, Euzeudu citait toujours avec un sourire mesquin l’exemple de son ami Euzeugnan, qui lui expliqua avec fierté que sa fille Mariam portait un prénom africain. Ah le pauvre, si seulement il savait ! Se dit Euzeudu.

Il précisait toujours à ses détracteurs que son objectif n’était pas de jeter l’opprobre sur quelle que religion que ce soit. Cependant, s’agissant des prénoms chrétiens, Euzeudu considérait que personne ne devrait porter des noms dont l’origine culturelle est très éloignée de sa propre culture. Aussi, disait-il, ce n’est quand même pas un prénom qui rendrait un individu religieusement correct.  Il ajouta également  que le nombre de personnes portant des noms de « Saints », et dont la vie ne reflétait du tout celles des « Saints » dont ils portaient les noms était légion. Concernant les musulmans, pas seulement ceux d’Afrique, Euzeudu estimait qu’ils pourraient se donner moins de mal dans leur pratique religieuse en s’adressant à Allah dans la langue qu’ils maîtrisent le mieux. Car « Dieu » serait censé être omniscient. « Si l’on part de la prémisse qu’il a créé toutes les langues du monde, il est alors évident qu’il les comprenne toutes ! », disait fièrement Euzeudu.

Aussi considérait-il le phénomène des noms bibliques ou islamiques comme une grosse arnaque. À son avis tous ces noms que l’on retrouve dans le Coran ou dans la Bible sont comme ces religions, des produits culturels. Ils sont en réalités soit des noms arabes ou judéo-romains. C’était inconcevable, à son avis, que ces noms puissent revêtir une importance autre que leur sens originel. « En fait, ces noms précèdent la religion », disait-il. « Il est donc aberrant qu’on veuille leur attribuer une importance religieuse », ajoutait-il. « Mohamad, s’appelait déjà ainsi avant qu’il ne reçoive la révélation, son père Abdallah, sa femme Khadija, et tous les autres personnages coraniques également ». Il argumentait également ainsi au sujet des noms des personnages bibliques. « À l’exception de Jésus, dont le nom aurait été prescrit par l’archange Gabriel, tous les autres personnages de la Bible portaient des noms ordinaires antérieurs à la religion. Ces différents noms qui apparaissent dans la Bible ne sont en fait, rien d’autre que des noms issus de la culture hébraïque, qui elle précède le Christianisme. Ces noms ne sont par conséquent pas de noms chrétiens mais essentiellement hébraïques ». Euzeudu parlait de toutes ces choses avec beaucoup de passion.

Bien qu’Euzeudu affirmait ne pas être athée, il aimait cependant discuter l’idée de Dieu, la remettant généralement en question. Il avouait cependant qu’il n’était pas aisé de discuter de Dieu, non pas parce qu’il serait insondable comme le disent les religions révélées, mais parce que le concept s’inscrit dans un paradigme, qui consacre l’idée de Dieu. Tant que l’on s’inscrirait dans le paradigme de ces religions, l’on ne saurait remettre en question l’idée de Dieu.

Euzeudu aimait s’instruire. Il avait fini par découvrir, dans ses lectures, l’étymologie du terme « dieu ». Partant de cette étymologie, il disait donc avoir découvert que la religion chrétienne était en fait une invention humaine, comme l’est d’ailleurs toute religion. L’histoire de Jésus qui constitue le « mythe fondateur » de la religion chrétienne serait, selon lui, en grande partie inspirée de la mythologie grecque, précisément du mythe de Zeus et de son fils Prométhée. En effet, comme tout le monde le sait, la mythologie grecque compte plusieurs divinités, dont Zeus reste le plus puissant. On pourrait ainsi le décrire comme le « chef » des divinités, ou encore comme la « divinité divinités » Le terme « dieu » renvoyant étymologiquement à Zeus, l’idée de Dieu est une reprise de l’idée de Zeus, en fait l’idée de la divinité au dessus de toutes les autres divinités dans la mythologie grecque. Euzeudu disait donc avoir compris, pourquoi « Dieu » était présenté comme « le Dieu des dieux ». L’idée de « dieu » étant l’idée de Zeus, « Dieu », dans ce paradigme gréco-romain d’inspiration hébraïque, ne pouvait donc qu’être au-dessus des autres divinités. C’est certainement dans cette logique que les peuples de civilisation gréco-romaine dans leur élan impérialiste de domination culturelle, en s’imposant comme « les peuples les plus puissants », ont également jugé impératif d’imposer « Dieu » ou encore Zeus, la plus puissante divinité de leur civilisation.

Pour Euzeudu, croire en « Dieu » était donc synonyme de croire en Zeus, son inspiration culturelle et étymologique. Il considérait également que l’idée de Jésus que la Bible fait venir dans le monde pour apporter la lumière et le salut aux humains n’était rien d’autre qu’une paraphrase du mythe de Prométhée, de même que l’idée de «Dieu »,  le père du Christ n’était qu’un concept inspiré de Zeus, le père de Prométhée. Euzeudu qualifiait de cynique le fait que la Bible condamne l’idolâtrie. Car pour lui, si l’on devrait considérer tout culte des divinités comme de l’idolâtrie, le Christianisme serait lui-même une pratique religieuse idolâtre. Il répétait d’ailleurs incessamment que c’est une idolâtrie idéalisée que les « promoteurs » du Christianisme, dans l’idéologie impérialiste de la culture que sous-tend cette religion,  tentent d’universaliser aux détriments d’autres dogmes qu’ils présentent comme de l’idolâtrie, comme la « mauvaise idolâtrie », en quelque sorte.

(…)

Atobé Kouadio

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Vers en prose (de David So): Quelque chose va se passer: C’est faux ! Il ne va rien se passer.

A l’église de ma mère, enfin à l’église où ma mère communie avec Dieu,
On chante très souvent : « quelque chose va se passer ».
En effet, on attend que quelque chose se passe,
Pour être plus pragmatique, qu’un miracle se produise.
 
Les jeunes filles, après avoir usé de leur beauté
Pour se procurer un leurre matériel, chantent de tout cœur,
Car elles recherchent à présent l’onction de mariage.
Les autres, eux, recherchent la richesse, le bien-être social etc…
 
On chante d’ailleurs ce cantique dans toutes les églises en Côte d’Ivoire.
Ca ne nous intéresse pas de savoir si « l’esprit de Dieu »
Se manifeste au sein de ces églises.
On ne sait pas si ces gens qui tremblent et parlent d’autres langues
 
Sont animés de l’esprit saint ou jouent de la comédie.
On ne peut d’ailleurs pas vérifier. C’est de l’agnosticisme.
On ne sait pas aussi si Dieu peut brusquement changer la vie d’un fidèle,
Justement après ce cantique, c’est-à-dire le rendre riche,
 
S’il est  très pauvre ou le rendre hyper intelligent, s’il est paresseux.
On ne sait pas si, aussi soudain, Dieu peut le changer, surtout sans sa contribution.
Dans tous les cas, cela demeure abstrait
 Et on ne peut pas le démontrer scientifiquement.
 
Si nous sommes pourtant certains de quelque chose,
C’est que rien ne va se passer. Rien ne va changer.
Seul le fidèle peut « se changer », car il est libre
De faire et devenir ce qu’il veut.
 
Ce beau cantique souvent accompagné de guitare,
D’orgue puis de claquement de doigts ne changera rien.
Analysons le problème d’ailleurs de plus près.
Si le fidèle est trop pauvre, comme tel est généralement le cas,
 
S’il n’a pas d’emploi car n’a aucun diplôme
Ou bien parce que son pays est corrompu
Ou même simplement s’il n’a pas à manger à la maison,
Sa situation restera la même.
 
 
Même après avoir chanté « quelque chose va se passer »,
Il ne se passera rien, car il n’aura pas de diplôme sur le champ.
Par conséquent, il n’aura pas d’emploi.
Il restera donc pauvre et il n’y aura pas de calebasse pleine de riz et de viande.

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Il va se consoler à l’idée que son âme sera sauvée
Et que les pauvres sur la terre
Seront les plus riches dans le royaume des cieux.
Quand il sortira du temple, après même avoir chanté « quelque chose va se passer »,
 
Il sera forcé de regarder, admirer puis convoiter
Toutes ces belles filles presque nues qui circulent dans la rue,
S’il ne l’a pas déjà fait au sein de l’église.
Il se sentira faible et attiré.
 
Il aura, pour un chrétien, des pensées impures, ignobles, sales et nocturnes.
Il ne pardonnera pas, ou peut être après quelques heures d’euphorie,
A quiconque le piétine. Il a tremblé, crié, prié en langue,
Chanté « quelque chose va se passer » pour rien.
 
Apparemment, il reste le même. Il ne change pas.
Il est faible et vulnérable. En plus, il est irresponsable
Et ne comprend rien. Et pourtant,
Tant qu’il ne comprendra rien, il ne changera pas.
 
Des femmes ont engendré des problèmes au sein de leurs couples,
Entrainant souvent même le divorce. Leurs maris,
Epuisés par une longue semaine de travail,
Auraient souhaité être en leurs compagnies.
 
Elles, pourtant, ferventes servantes, restèrent et servirent l’église
De six à dix-huit heures. Pour les unes,
On les suspectait de coucher avec le pasteur.
Car même hormis les cultes, elles restaient à la disposition des pasteurs.
 
Les autres, elles, avaient oublié leurs devoirs en tant que femmes et mères,
Oubliant de veiller sur leurs maris et leurs enfants.
Elles étaient même allées plus loin.
L’argent que leurs maris leur avaient laissé en vue de se rendre au marché,
 
 
Après l’église, acheter des vivres, afin que toute la famille
Puisse se réunir autour d’un plat, s’est vu dans les poches du pasteur,
Après le cantique des offrandes « quelque chose va se passer ».
Non seulement, elles laissèrent leurs maris et leurs enfants dans la faim.
 
 Mais le comble, c’est qu’elles ont cru qu’elles recevraient le double à la sortie de l’église,
 Car on avait justement cité des références bibliques qui promettaient de telles âneries.
 Leurs maris, se fâchant, leur interdisant d’aller à l’église,
 Ou même radicalement demandant de choisir entre Dieu et eux,
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 Etaient désignés, selon le pasteur, de persécuteurs, de  possédés, de Satan.
Les pauvres qui aimaient leurs femmes ont été diabolisés.
Même s’il y’a de quoi à douter, la question ne se pose nécessairement pas
 Au niveau de la véracité de la religion et de Dieu.
 
C’est la pratique et la conception dans les pays colonisés du tiers monde qui,
Dans tous les cas, ont besoin de réformes.
Les missionnaires européens, qui ont inventé le christianisme,
Les juifs qui ont vécu avec le Christ ne sont pas si zélés.
 
Mais ouvrez donc les yeux ! Si croire en Dieu est une bonne chose,
La croyance en soi est indispensable pour le changement,
L’épanouissement et la liberté. Ce n’est pas en chantant qu’on devient libre,
Car en réalité, c’est la liberté financière, sociale, spirituelle, psychologique
 
Qu’ils recherchent quand ils chantent « quelque chose va se passer ».
En plus, ils ne comprennent rien.
Ils chantent et rien ne se passe.
 Il ne se passera donc jamais rien.
 David So
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Nouvelle: Tu n´es pas le père de mon enfant (de Symphonie)

Après un long silence de la rédaction, nous voici de retour avec une nouvelle 
palpitante de Symphonie. Nous vous invitons à la savourer et n´oubliez surtout 
pas de nous laisser vos commentaires, vos impressions,...

Bonne lecture

Nouvelle: Tu n’es pas le père de mon enfant

Cher Salomon,
Depuis hier tu sais que je suis enceinte. Tu as dansé de joie, tu m’as couvert de baisers et surtout tu m’as fait l’amour comme à une reine. Dans ton entreprise tout le monde sait que je suis enceinte, je le sais parce que ta secrétaire m’a félicitée dans la journée quand j’ai appelé pour te parler. Mais pendant que tu ouvres cette lettre, tu te rends que compte mes affaires ne sont plus dans la chambre et que je suis partie. Alors tu vas te demander pourquoi ? C’est normal, tout allait si bien, dans 4 mois, on allait être les parents les plus heureux du monde avec ce bébé que tu appelles déjà mon trésor. Pourquoi je m’en vais donc, alors que ce matin, je t’ai dit au revoir avec un doux baiser, tu étais tellement heureux. J’ai décidé donc de t’écrire et de tout t’expliquer.  Je te quitte alors que tu n’as rien vu venir, parce que je suis une bonne élève, j’ai appris de toi, j’ai tout appris avec toi. Tu devrais être fier. Le jour où le docteur  Kpuikpui m’a dit que j’étais enceinte, j’étais tellement heureuse. Tu t’imagines bien que ces dix ans de vie commune durant lesquelles je n’ai pas pu te donner un enfant ou même une fausse couche, ont été dures pour moi, alors quand il m’a dit que j’étais enceinte, je me suis presqu’évanouie dans son cabinet.
J’ai toujours pensé que j’étais stérile, je me disais que c’était prévisible. Comme tu le sais j’ai fait deux avortements et j’ai été opérée deux fois à cause de myomes dans l’utérus, j’étais donc sûre que j’étais stérile. Comme je voulais savoir vraiment pourquoi je ne te faisais pas d’enfants, nous sommes donc allés consulter le médecin, le Dr Kpuikpui, ah le Dr Kpuikpui, ton cher et tendre ami, ton médecin de famille, les examens ont révélé que je n’étais pas stérile et que toi non plus tu ne l’étais pas. Le médecin m’a encouragé à être patiente, mais j’étais convaincue que j’étais stérile, peut-être était-ce une malédiction, physiquement je n’avais aucun mal mais peut-être que depuis le ciel on me punissait parce que j’avais tué deux êtres humains. Je pleurais les deux enfants que je n’ai jamais eus tous les jours, je les imaginais en train de me juger et me punir parce que je les avais pas aimés et gardés. Mais tout ça tu le sais puisque tu étais là, tu étais là durant ces nuits blanches. Tu as été un bon mari pour moi, je l’avoue. Tu avais les mots et les actes pour calmer mes craintes et mes peurs.J’aurais dû deviner que quelque chose ne tournait pas rond le jour où je t’ai annoncé que j’étais enceinte de deux mois, j’aurais dû. Tu avais attendu cette grossesse toute ta vie et tu ne t’es même pas mis un tout petit peu en colère quand je t’ai annoncé la nouvelle au troisième mois de grossesse. Avant la joie, tu aurais pu être un peu fâché, un peu triste, je ne sais pas, j’étais sûre que tu aurais aimé aller avec moi faire le test de grossesse. Mais non, tu as juste dansé de joie et on a fait tout ce qu’un couple heureux peut faire ensemble.

Un autre fait bizarre, c’est que depuis que je me suis marié avec toi, je me sens belle chaque jour, même quand je ne m’apprête pas de façon particulière. Je veux dire plutôt que les hommes me trouvaient belle, je ne sais pourquoi. J’ai eu des dragueurs tout au long de nos dix années de mariage et des dragueurs assidus surtout. Je t’en parlais toujours, tu trouvais cela drôle, et rien de plus. Une fois tu es quand même allé jusqu’à me demander si ça m’intéresserait de coucher avec l’un d’entre eux, parce que selon toi, j’avais une façon particulière de le regarder. Bizarre. Il y a eu des grands, des courts, des noirs, des jeunes, des moins jeunes et enfin il y a eu ton frère, Pierre-Elie.
Tout a commencé le 24 Décembre de l´an passé quand tu t’es mis en colère pour une affaire de cuisse de poulet et que tu es allé dormir à l’hôtel. Affaire de cuisse de poulet, vraiment ça n’avait pas de sens, mais tu m’as quand même laissé seule toute la nuit. Et ce scenario a duré toute une année, tu étais absent, désagréable, ah, si tu savais comme je me suis sentie coupable durant tout ce temps. En ce temps-là si Satan m’avait demandé mon âme en échange d’un enfant, je crois que je la lui aurais donnée. Je pensais que tu me trompais, après j’ai su que tu ne pouvais pas me tromper et que tu ne l’avais jamais fait, certainement tu t’éloignais parce que j’étais une femme au ventre sec, une femme porte-malheur. A partir de janvier ton frère a commencé à venir régulièrement à la maison, trop régulièrement même. Il était si attentionné, j’avais l’impression de te retrouver, mais lui il était plus fou et plus drôle. Je me suis beaucoup amusée en sa compagnie. Mais je me demandais comment il faisait pour avoir autant de temps à me consacrer et comment toi tu faisais pour être aussi occupé, puisque vous faîtes le même travail, vous avez les mêmes responsabilités et en temps normal, le même nombre d’heures de travail. Mais lui il était là, toujours là, surtout quand tu n’étais pas là. Et puis il a commencé à me faire des avances, en réalité il était doux, il me faisait sentir que je lui plaisais sans jamais me faire la cour ouvertement. Finalement ses efforts ont payé, on a couché ensemble, exactement le 17 juillet. C’est arrivé, alors que tu étais en mission à Oslo, je me sentais tellement seule sans toi et comme s’il le savait, il m’a proposé ses services. Je ne sais plus si j’ai accepté, mais à la fin j’étais dans notre lit avec lui. Je me suis sentie si malheureuse après cet évènement et j’avais juré de te l’avouer à ton retour d’Oslo. J’étais prête à subir tous les  châtiments de la terre, après tout je le méritais. Et tu es arrivé le 19 Juillet, deux jours après, avec une humeur et un sourire qui m’a fait perdre toute envie de te raconter mon adultère.  Alors je me suis tue, je te retrouvais encore plus amoureux. Au fait le bijou que tu m’as rapporté est magnifique, mes copines étaient jalouses à en mourir à la vue de ces diamants splendides, mais je ne peux pas le garder, tu le trouveras sur ton bureau.  Je me suis donc tue et la vie a continué jusqu’à ce que je ressente des malaises et que j’aille me faire consulter. Dès que le médecin m’a dit que j’étais enceinte, j’ai couru à ton bureau, tu étais en réunion, alors je suis allée me cacher dans la salle d’eau, la secrétaire n’avait pas le droit de te dire que j’étais là. «C’est une surprise » je lui ai dit. Et c’est dans ton bureau, cachée dans la salle d’eau que j’ai appris que tu n’étais pas le père de mon enfant. Pour la deuxième fois de la journée, j’ai failli m’évanouir. Quand tu arrivais dans ton bureau, je t’entendais remercier ton frère pour ce qu’il avait fait pour toi, mais tu étais inquiet, par ce que je ne te parlais pas de malaise ou de grossesse depuis ton retour. Tu avais peur qu’il faille tout recommencer. Pour toi j’étais une bonne femme, une très bonne femme même, mais une femme trop difficile, aucun des hommes avec qui tu avais réussi à me mettre en contact ne m’intéressait. Tu avais tout essayé, mais rien. J’étais désespérément fidèle, comme si c’est ce que tu me demandais, toi tu voulais me donner un gosse et c’est tout. Je ne comprenais plus rien. Pendant dix ans tu avais placé tous ces hommes sur ma route pour que je couche avec l’un d’entre eux et que je tombe enceinte ? Même ton frère était un de tes pions. Avant de tirer des conclusions bizarres, il fallait que je sache. J’ai donc attendu que vous partiez, j’ai failli pousser des racines dans cette salle d’eau, tu sais, 4 heures avant que tu ne te décide à sortir de ton bureau. Je me suis dirigée directement chez notre cher et tendre médecin, je t’avais dit que je lui plaisais bien. Ça n’a donc pas été difficile d’avoir de vraies informations, un visage de chien battu, quelques menaces, un sourire triste, et il m’a tout raconté. Lui, il t’avait donné tous les conseils nécessaires, il t’avait encouragé à me dire la vérité, pour lui j’étais une femme compréhensive, je t’aimais et je pouvais te comprendre. Tu n’as jamais rien voulu savoir. En réalité depuis toujours tu sais que tu es stérile, le premier bilan de santé que ta mère t’as fait faire, lorsque tu avais 13 ans l’a montré. Tu n’allais jamais faire d’enfant. Tu as passé toute ta vie à mentir à celles que tu as rencontrées. A certaines tu as dit que tu n’étais pas prêt pour avoir un enfant, à d’autres que tu n’étais pas assez amoureux pour fonder une famille avec elles, autant de mensonges que tu as développés pour cacher ta stérilité et je suis apparue dans ta vie. Tu m’as aimé tout de suite, c’est Dr Kpuikpui qui le dit, et tu ne voulais pas me perdre. Comme tu n’arrivais pas à m’enlever cette histoire d’enfant de la tête, tu t’es imaginé que si tu réussissais à me mettre dans le lit de quelqu’un d’autre, je tomberais enceinte, et on aurait un enfant. Personne ne se douterait de rien, pas même le vrai père de l’enfant. Alors depuis le début tu savais que tu ne serais jamais le père de mon enfant.  Et tu m’as menti pendant dix ans. Finalement je me pose ou plutôt je te pose la question : Qu’est ce qui était vrai dans notre relation ? M’as-tu aimé un jour ? Pourquoi autant de mesquineries pour un enfant ? De toutes les façons tu n’auras pas l’occasion de me répondre, ça c’est sûr. Au moment où tu lis cette lettre, je suis déjà quelque part à des milliers de kilomètres de toi. J´ai réfléchi des mois durant et finalement il me fallait partir. S’il te plaît, laisse- moi faire une pause, accepte que je te quitte sans faire d’histoires et de scandales, si Dieu le veut, on se verra un jour. Pour l’enfant, ne t’inquiète pas, je saurai m’en occuper.
Je t’ai aimé.

Ta femme adorée, Prunelle.

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Dédicace de « Souvenir d´un passé récent » le 9 décembre à Bamberg

C´est un grand honneur pour nous de vous inviter à la dédicace du livre « Souvenir d´un passé récent » qui se tiendra à Bamberg le vendredi 9 décembre à partir de 18h00.

La dédicace est ouverte à tous: communauté francophone à Bamberg, étudiants et habitants deBamberg  intéressés par la culture et la litérature ivoirienne, curieux…

L´auteur David So se tiendra à votre disposition pour les questions et les dédicaces signées. Ne ratez pas cette occasion!

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Entretien exclusif avec David Landry, auteur de « Souvenir d´un passé récent »

Chose promise, chose due! L´auteur ivoirien David Landry So a accepté l´invitation du Blog Eburnea pour parler de sa première oeuvre littéraire « Souvenir d´un passé récent » publiée chez Les Impliqués Editeur. David est membre-fondateur du groupe Eburnea et étudiant en année de master à l´université de Bamberg. Il y a beaucoup de choses à savoir et à dire sur cet auteur, footballeur et étudiant. Au lieu d´une carte de visite ou d´un curriculum vitae, notre interview vise plutôt à mieux faire connaître l´auteur dans ses motivations, ses aspirations et inspirations littéraires et les personnages de son premier roman.

Asseyez-vous confortablement et dévorez avec nous cet entretien passionant..Et si vous aimez, laissez nous un commentaire.

BdE: Bonsoir David et merci d´avoir accepté notre invitation. Avais-tu déjà en tête l’idée de publier ton livre, pendant que tu l´écrivais? Ou qu´est ce qui t´a poussé à publier ?
David So: Bonsoir, dans son essai « Qu’est ce que la littérature ? » Sartre pouvait dire en substance, on écrit quand on a quelque chose à dire au monde… Oui. Je ne savais pas trop comment publier le moment venu, mais je l’avais à cœur et j’étais très optimiste.
 
BdE: Quelles ont été tes premières impressions, la première fois où tu as tenu ton livre « Souvenirs d´un passé récent » dans les mains?
David So: Pour une erreur d’adresse postale, j’ai vu mon ouvrage d’abord disponible en ligne avant de le toucher de mes mains. Mais j’ai eu mes exemplaires la semaine de mon anniversaire même. C’était génial ; mais vite Schopenhauer me disait : « Le désir satisfait fais aussitôt place à un autre désir. »
 
BdE: Quels auteurs t´inspirent en général et précisément quels auteurs t´ont inspiré pendant la rédaction de ton œuvre?
David So: C’est une question difficile. Les écrivains sont si intelligents. Tout ce que je lis me fascine. Même si je n’aime pas tout au final, il y a un mot, une expression, une image, un phrase, une idée … forcément quelque chose qui me retient. Platon, Jean Paul Sartre, Albert Camus, Ahmadou Kourouma (Les soleils des indépendances), Amadou Koné (Les frasques d’Ebinto), Mariama Ba (Une si longue lettre) et Fatou Keita (Rebelle) … voilà, j’ai copié idée, style ou audace auprès d’eux.
 
BdE: A quoi ressemble une bibliothèque parfaite selon toi?          
David So: Oh la liste est longue : un peu de littérature ivoirienne (Koné, Kourouma, Bernard Dadié, Gabriel Tiacoh Kouadio, Fatou Keita…), littérature africaine (Mariama Ba, Guy Mengua, Senghor…)  littérature française (Sartre, Camus, Rimbaud, Racine, Corneille, Molière, Ronsard, Hugo, Baudelaire, Lamartine, Apollinaire, Claude Simon, Proust…), des œuvres philosophiques (Platon, Aristote, Feuerbach, Freud, Jacob François, Descartes…), des ouvrages historiques et de la littérature allemande et anglo-américaine (Shakespeare, Schiller…) ; ah j’aime aussi Pétrarque. Il faut de la poésie, du théâtre et de la prose et bien entendu « Souvenir d’un passé récent ».
 
BdE: Pourquoi avoir choisi la prose et un style des plus directs pour la rédaction de ta première œuvre littéraire?
David So: C’est une question très pertinente. J’ai un recueil d’environ 100 poèmes qui n’intéressent presque personne (sauf mes amis proches et les sujets des poèmes). C’est un constat amer: la poésie est très délaissée comme genre littéraire aujourd’hui ; elle est fantaisiste, superfétatoire et on y comprend pas grand-chose des images… Même Sartre trouve la poésie inutile. La littérature « engagée » selon Sartre doit consister à dénoncer et ce n’est pas avec des vers que cela marche le mieux. Hélas !
J’ai choisi la prose après lecture et expérience. Je suis aussi fasciné par la prose et M. Talabardon  (un encadreur) m’a beaucoup recommandé de passer par la prose pour avoir les mains libres à écrire.
C’est donc un style personnel d’être simple et direct ; ceux qui me connaissent le savent bien. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? J’ai pensé à mes amis allemands qui apprennent français et même aux amis européens qui ne connaissent pas les réalités de la Côte d’Ivoire et j’ai tenté de décrire le plus simplement possible avec beaucoup d’objectivité et d’impartialité tout en restant littéraire.
Avec la maison d’édition, j’ai refusé certaines modifications à juste titre car Yateb Yacine pouvait dire : « J’écris en français pour dire aux français que je ne suis pas français ». Ce n’est pas une rébellion et malgré toute l’admiration que j’ai pour la littérature française, je ne veux pas écrire comme Claude Simon, Proust ou encore Georges Perec, Non. D’ailleurs je n’y arriverai pas. Le français est une langue vernaculaire en Côte d’Ivoire et mon style est accessible à tous les ivoiriens et á tous les francophones. C’est l’essentiel. Quand je ne comprends pas un mot de Corneille, je vais rechercher car il y a le contexte et l’époque qui agissent dans la définition des mots et des styles. Je veux contribuer à ce que l’on sache qu’en Côte d’Ivoire, on a adapté le français à nos réalités et je ne parle pas du nouchi ou du « français populaire ivoirien », Notre niveau soutenu de la langue française a son propre lexique, ses propres connotations et le monde entier doit respecter cela. La grammaire est très exacte et mieux maitrisée dans l’œuvre que beaucoup de locuteurs français et francophones. Il faut qu’un canadien cherche ce que cela veut dire un boubou, se fourrer ou un marigot, que de dire : ce n’est pas du bon français ou cela n’existe pas et tenter en vain de trouver la terminologie correcte selon l’Académie française. Il y a déjà eu assez d’humiliation sur l’apprentissage des langues européennes pendant et après la colonisation….
Vous connaissez sans doute pour finir la Nachkriegsliteratur (littérature d’après guerre en Allemagne). Wolfgang Borchert pouvait alors dire : „Wir brauchen keine Dichter mit guter Grammatik. Zu guter Grammatik fehlt uns Geduld. Wir brauchen die mit dem heißen heiser geschluchzten Gefühl. Die zu Baum Baum und zu Weib Weib sagen und ja sagen und nein sagen: laut und deutlich und dreifach und ohne Konjunktiv“(Nous n’avons pas besoin d‘écrivains avec une grammaire excellente. Nous n’avons pas le temps pour la bonne grammaire. Nous avons besoin d‘écrivains avec des sentiments chauds et sanglotés, Nous avons besoin de ceux qui écrivent arbre pour décrire un arbre et femme pour décrire une femme, de ceux qui disent oui et non, haut et fort trois fois et sans subjonctif).
Nous sommes le fruit d’une génération qui a subi des crises sociopolitiques et culturelles marquantes et nous sommes pressés de le dire. C’est une littérature engagée, pressé et volontairement laconique…
 
BdE: Gagnes tu de l´argent avec ton activité d´écrivain?
David So: Hmm ; en tout cas je ne peux pas vivre de mon activité d’écrivain. Je vis d’autre chose. J’investis beaucoup de temps à écrire, à corriger, à publier, à faire la publicité et à commercialiser aussi, du coup je dépense beaucoup. Mais je suis très heureux de le faire car écrire c’est s’affranchir.
 
BdE: Nous avons eu l´occasion de lire ton premier roman. Le lecteur avisé pourrait reconnaître quelques traits autobiographiques et d´énormes ressemblances entre le protagoniste et l´auteur. Te reconnais-tu toi-même en Daniel, le personnage principal de ton œuvre?
David So: Daniel est et reste un personnage fictif. On écrit forcément sur ce qu’on expérimente, voit, pense, et ressent. Même les fables, les fictions sont souvent des parodies de la réalité.
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BdE: A la fin du roman Daniel part pour les études vers l´Allemagne. Ce voyage n´est-il pas un renoncement de soi, une fuite et une façon de nier son échec à s´intégrer et survivre dans son propre pays?
David So: C’est une analyse intéressante. En tant qu’historien je peux me prononcer sur la question. Pendant le miracle économique ivoirien (1960-1980) les ivoiriens n’avaient rien à envier à personne ; ils étaient chez eux, un peu comme les allemands qui invitaient les italiens, les grecs et les turcs (eux ils parlaient même de « der Millionste Gastarbeiter), ils avaient même invité des travailleurs et enseignants de la sous région, de l’ancienne AOF.. Mais en Allemagne, il y avait un sentiment national, En Côte d’Ivoire non. La solidarité de L’AOF était plus forte que le sentiment national.
Et nous savons l’une des conséquences de la conférence de Berlin en 1885 et du partage de l’Afrique. Avec les colonies anglaises, il y a eu une rupture. Les Akans ivoiriens ont accepté leur destin et ceux du Ghana également. Mais avec les autres grands groupes ethniques, on avait assez en commun : la langue locale (Bambara, Dioula, malinké etc.), la langue étrangère adoptée (le français), les mêmes réalités politiques avec la France, même les noms étaient identiques. Après l’indépendance donc, rien ne change. Un malien se sentait chez lui au Nord de la Côte d’Ivoire et mieux, la décentralisation et coopération en Afrique de l’ouest consistaient à faire venir des enseignants et travailleurs du Sénégal, du Mali, de la Guinée etc…
 Puis à partir des années 1980 surtout avec l’ascension de notre ancien président Bédié, la radicalisation s’accentue. Il y a la politique d’ivoirisation, à raison ou à tord nous sommes pointés du doigt et traités de xénophobe. Il y a de la violence, le coup d’état de 1999, la rébellion de 2002, et surtout la misère et l’insécurité, Alors que faire ? La course vers le bonheur : on quitte le pays. Beaucoup se résigne dans la religion (ils deviennent pasteur ou vont en Europe en tant que missionnaires…) ; d’autres deviennent chanteurs (les djs) ; il y a la cybercriminalité (le broutage) ; footballeur professionnel, c’est le rêve de tous les jeunes au détriment de l’école et ce, en raison de la corruption en milieu scolaire et universitaire, des grèves et la violence de la FESCI, d’autres même demandent l’asile en disant être persécutés pour orientation sexuelle (homosexuel) ou pour appartenance ethnique, religieuse ou politique. Vous avez alors la réponse, si on croit en la vie, si on veut sortir de la misère et oublier les souffrances de l’enfance, si on est idéaliste et aspire à une vie meilleure et qu’on a les moyens légalement de se refaire ailleurs, je pense que c’est une bonne voie. Et beaucoup l’ont fait, dans la sous région, en Afrique du nord et France et en Allemagne, même en Russie et aux USA au prix d’une nostalgie atrocement douloureuse…
 
BdE: Dans cette première œuvre « Souvenirs d´un passé récent », Daniel, le protagoniste s´installe en Allemagne pour les études. Peut-t-on s´attendre à une suite qui raconte les aventures de Daniel dans son nouveau pays d´accueil?
David So:Oui, je donne juste deux indices. Il y a en cours « Amour, haine et religion. Les dilemmes de ma vie » et « La haine du train »
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Les auteurs du Blog de Eburnea se réjouissent de vos commentaires, alors n´hésitez pas à en laisser ou à nous contacter.

La rédaction

 

Poème: Des âmes et des corps (de Atobé Kouadio)

La Rédaction de Blog Eburnea est très heureuse de vous présenter un nouvel 
auteur: Atobé Kouadio. Ce poème est une incitation à la reflexion et à une 
certaine prise de conscience. Bonne lecture et n´oubliez pas de nous laisser 
vos commentaires!

La Redaction

Des âmes et des corps

Sur le globe
Flottent des corps
Flottent des esprits
Des esprits en  pérégrination
Et des corps en hibernation
Insufflé à un corps
L’esprit devient âme
Et alors le corps prend vie
Et alors le corps grandit
Et sur le globe
Flottent des Corps
Avec en eux des âmes
Et alors sur le globe
Flottent des Corps
Flottent des  âmes
En pérégrination
Dans ce périple
Peut advenir
L’union des Corps
L’union des âmes
Unis
Sans l’union des âmes
Des corps
S’enchevêtrent
S’entremêlent
Se pénètrent
Les uns les autres
Et alors sur le globe
Flottent des corps enflammés
Par l’extase des sens
Ensuite s’éteint la flamme
Se séparent les corps
Dans l’indifférence des âmes
Et alors sur le globe
Trottent des corps
Trottent des âmes
En quête d’harmonie

 

J´ai peur (de KM)

J’ai peur
Au loin, j’ai senti la lumière la lumière briller
Hélas elle semble désormais hors de portée
Laissant derrière elle l’opacité des ténèbres
Qui dans mon esprit dansent et chantent des mélodies funèbres

J’ai peur

Mon cœur n’est plus mien parce que partagé
D’un côté mes regrets, de l’autre mes rêves piétinés
Mes espoirs étripés ont du mal à suivre la cadence
Que mon optimisme estropié m’impose avec défiance

J’ai peur

Ils me regardent, ils me suivent, ma chute est imminente
Ces yeux livides et hypocrites qui font taire leurs larmes
Pourquoi devraient-ils accentuer une chose aussi évidente ?
Sur moi, l’épée de Damoclès s’appesantit et me désarme

J’ai peur

Je sais que je n’aurai pas cette mort glorieuse
alors je retire chacun de mes mots, chacune de mes paroles odieuses
Vous verserez sûrement ces larmes lourdes et salées que sont les vôtres
Seront-elles pour moi ou feriez-vous juste comme les autres
Que je n’ai point connu ?

J’ai peur

Il est l’heure de dormir mais je dois absolument me réveiller
de ces tristes journées ensoleillées, de ces belles poésies mal inspirées
J’ai désespérément peur d’avoir peur et que mon cœur ne rebondisse plus
J’ai peur que ma vie ait été vaine, normale, et sans plus

Elles me hantent
Ces choses que j’aurais dû faire, ces femmes que je n’aurais pas dû aimer

Ils me hantent
Ces amis que j’ai perdus, ces devoirs qu’à demain j’ai remis

Et je chante
et je chante le chant du cygne, d’une belle mélodie joyeusement mortifiante

Et qu’ils scandent
Ave moi ! Dans un au revoir spectaculairement déchirant.

KM

Requiem de sentiments embryonnaires (de KM)

Aujourd’hui j’ai connu la religion
J’ai vu ces actes de bravoure qui émanent de grandes passions
Les lumières sombres de leur clarté étouffée
Dans ton regard scintillant et tes cheveux ébouriffés

Aujourd’hui j’ai vécu la communion
De deux êtres si proches par leurs défauts
Qu’ils se perdent et se retrouvent dans d’interminables cycles d’union et désunion
Qui à chaque fois leur octroient ce qu’il leur faut

Aujourd’hui j’ai eu une conversation
Avec des mots muets, j’évoquais des pratiques un peu désuètes
Sous le regard approbateur d’une chouette
Qui sublimait tant bien que mal son aversion

Je suis entré dans ton esprit et tu consumas mon âme
Dans de douloureuses flammes, libératrices aux hommes pieux
Epuré donc inhumain j’en ressortis sans aucun blâme
Moi, qui pour avoir découvert tes mystères, suis devenu un Dieu

Aujourd’hui j’ai eu une révélation
Te dire je t’aime en mille langues différentes
Chasser toutes les peurs qui te hantent
Te pourvoir toutes les choses qui te tentent
Ne te rendra pas réelle pour autant
Toi que j’eusse tellement aimé
Si seulement dans mon esprit tu avais cessé d’exister

KM

À court de mots ? (de KM)

Des sons, des images me parviennent le soir
Sont-ils vrais, non ils sont superfétatoires
Mon cerveau brûle, mon petit cœur s’emballe
Le sort me joue des tours qui me donnent du mal

Et Puis l’évidence est là, il est trop tard
Le piège s’est refermé, je me suis perdu
Poussé dans la vive lueur de ton regard
Je me suis mis à contempler son étendue

Et dans un sursaut d’orgueil mon cœur s’affaiblit
J’entends de la musique, des diamants brillent
Ton Être ordonne, ma volonté se plie

Je suis venu, j’ai vu, j’ai été vaincu
Par fierté, je ne puis être un héros
Sans ton numéro, je serai à court de mots

KM